
Même au-delà de nos frontières, l’écho de nos divisions résonne; le président lui-même, dans une entrevue le jour de l’élection, a révélé une connaissance étonnante des détails et des chiffres qui racontent notre drame national.
Le rideau est tombé sur le dernier acte électoral, mais la véritable pièce, celle qui met en scène les déchirements profonds de notre fédération, ne fait que commencer. Loin des analyses de surface sur les gains et les pertes immédiates, se profile une période où les décisions à venir ne seront pas de simples ajustements politiques, mais des interventions douloureuses sur un organisme déjà sensible. Les prochains mois ne seront pas une simple transition, mais une descente dans l’arène des choix impossibles, où chacune des décisions, aussi nécessaire soit-elle, laissera soit l’Alberta, soit l’Ontario, soit le Québec avec le goût amer de la trahison.
La figure qui prendra les rênes au centre de cette tempête annoncée comprend la complexité de la tâche, murmure-t-on, mesurant le poids des attentes et la portée de chaque action. Car il ne s’agira pas seulement de gérer l’économie ou de naviguer les relations internationales; il s’agira de choisir quelle partie de l’âme canadienne sera sacrifiée sur l’autel de la nécessité.
Considérez l’enjeu des ressources, ce vieux démon qui hante nos discussions fédérales. D’un côté, l’oléoduc vers le Pacifique, enfin opérationnel, offre une bouffée d’oxygène à une industrie vitale et à nos alliés et partenaires géopolitiques en Asie, dans un contexte où les tarifs du gaz naturel sont revenus à leur bas niveau historique. La logique économique voudrait qu’on dirige les investissements, l’énergie et la volonté politique vers une expansion du réseau vers l’est. Offrir à l’Europe une source d’énergie sûre et relativement bon marché via un potentiel gazoduc de GNL vers l’Atlantique, c’est le genre d’opportunité qui ne vient qu’une fois par génération. Mais la sécurité géopolitique de ce projet stratégique exigera de traverser le Québec. Pour la moitié du pays qui entend mener la transition verte et qui a bâti son identité sur la fierté de l’énergie propre, ces deux directions – l’expansion vers l’Ouest et le lien énergétique vers l’Est – représentent un retour en arrière et un rejet de ses valeurs les plus chères, même si souvent c’est plus une question d’image que de veritable action.
Mais l’épreuve des choix impossibles ne s’arrête pas aux ressources. L’ombre tutélaire de notre voisin du sud plane sur nos industries clés, capable de forcer des arbitrages déchirants. Imaginez devoir choisir entre la survie de l’industrie automobile ontarienne, pilier économique d’une province, et la vitalité de l’aluminium québécois, symbole et richesse d’une autre. La pression exercée par Washington pourrait contraindre le pays à sacrifier les intérêts de l’une pour préserver l’autre, ou pour obtenir une concession ailleurs, approfondissant la faille entre les régions. L’avenir du pays se jouera dans ces moments de vérité où l’on sera forcé de décider qui mérite d’être sauvé au prix du ressentiment d’autrui.
Chaque décision économique majeure, chaque orientation stratégique, chaque compromis international forcera un clivage. Il n’y aura pas de gagnants sans perdants, pas de pas en avant sans laisser quelqu’un derrière, se sentant incompris, ignoré, voire sciemment trahi. Ceux qui sont appelés à trancher ne sont pas aveugles à ces dynamiques. Ils comprennent l’impact, ils voient les chiffres, ils sentent le pouls des divisions qu’ils devront, paradoxalement, soit exacerber, soit tenter de guérir par des moyens qui, eux-mêmes, créeront de nouvelles plaies. L’élégance de l’analyse se heurte à la brutalité des choix. L’intelligence stratégique à la douleur du déchirement.
L’année qui vient verra la fédération canadienne se confronter à ses propres contradictions, où le leader devra prendre des décisions qui laisseront inévitablement des cicatrices. Face à un appauvrissement persistant ou au sentiment d’être laissé pour compte, on risque de voir un nombre croissant de Canadiens se demander si, tant qu’à être pauvres, il ne vaudrait pas mieux l’être au sein de l’union américaine, avec la possibilité de s’établir ailleurs sans tracas, de l’Alaska jusqu’à la Floride, en passant par Hawaï.
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